Je crois que je fais un burnout. Mais je ne sais plus si c'est moi le problème.

Thomas_Kdo

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Bonjour à tous. Je ne sais pas trop pourquoi je poste ici. Peut-être parce que je n'arrive plus à en parler à ma femme sans la voir paniquer, et que mes collègues... bah, ils sont le problème.

Je m'appelle Thomas, 42 ans, cadre dans une boîte de conseil en organisation depuis 12 ans. Sur le papier, j'ai "réussi" : bon salaire, voiture de fonction, équipe sous mes ordres. Mais depuis environ 8 mois, quelque chose s'est cassé en moi et je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.

Concrètement, voilà ce qui se passe :

Le dimanche soir, je suis incapable de dormir. Pas d'insomnie classique, je suis épuisé, mais mon cerveau tourne à 3000 tours/minute sur les dossiers de la semaine à venir. Je me lève le lundi matin avec l'impression de ne pas m'être couché.

Au bureau, je fonctionne en "mode pilote automatique". Je fais les réunions, je rends les livrables, je souris. Mais je ne ressens plus rien. Ni satisfaction quand un projet se termine bien, ni vraie émotion face aux problèmes. Juste... du vide.

La semaine dernière, un client a été désagréable en réunion, rien d'exceptionnel dans mon métier, et j'ai failli me lever et partir. Pas de colère, pas de larmes. Juste une envie irrationnelle de disparaître de la pièce.

Ce qui me perturbe le plus, c'est que je ne sais pas si c'est un burnout, ou si c'est moi qui suis devenu trop fragile pour un job qui a toujours été stressant. Mon N+1 m'a dit il y a 3 semaines "t'as l'air crevé Thomas, reprends-toi". Peut-être qu'il a raison. Peut-être que le problème c'est moi.

Est-ce que quelqu'un a vécu quelque chose de similaire ? Comment vous avez su que c'était "vraiment" un burnout et pas juste de la fatigue ordinaire ?
 
Bonjour Thomas,

Merci d'avoir eu le courage de partager ce que tu traverses. Ce que tu décris mérite vraiment d'être pris au sérieux.

Je travaille dans le domaine des ressources humaines et j'ai accompagné plusieurs personnes confrontées à des situations d'épuisement professionnel. Beaucoup de ce que tu racontes ressemble à des manifestations que l'on retrouve fréquemment dans le burnout : l'épuisement, le fait de fonctionner en "pilote automatique", le sentiment de vide ou encore l'envie de fuir certaines situations. Cela ne permet pas de poser un diagnostic, mais ce sont des signaux qui justifient une consultation sans tarder.

Concernant la remarque de ton N+1 ("reprends-toi"), ce genre de réaction est malheureusement assez fréquent. Lorsqu'une personne est en situation d'épuisement professionnel, il ne s'agit pas d'un manque de volonté ou de courage. Se forcer davantage ne résout généralement pas le problème.

Ce que je te conseillerais concrètement :

  1. Prends rendez-vous avec ton médecin traitant cette semaine, sans attendre. Tu peux lui décrire exactement ce que tu viens d'écrire ici. Il pourra évaluer la situation, t'orienter si nécessaire vers le médecin du travail ou un autre professionnel, et décider avec toi de la suite.
  2. Évite, si possible, de prendre des décisions importantes concernant ton travail (démission, conflit avec ton manager, etc.) tant que tu n'as pas fait le point avec un professionnel de santé. L'épuisement peut influencer notre manière de percevoir les situations.
  3. Si un arrêt de travail est nécessaire, sache que ton employeur n'a pas à connaître ton diagnostic médical. Il est simplement informé de ton arrêt de travail.
Enfin, j'aimerais répondre à la phrase qui m'a le plus marqué : « Peut-être que le problème, c'est moi. » Le simple fait que tu te poses cette question montre surtout que tu essaies de comprendre ce qui t'arrive. Tu n'es pas faible parce que tu demandes de l'aide. Au contraire, c'est probablement la meilleure démarche que tu pouvais faire aujourd'hui.

N'hésite pas à revenir donner de tes nouvelles.
 
@Claire_RH — Tu m'avais dit « continue à poster ici si tu veux, on est là ». Alors j'y reviens.

Tu avais vu juste. Dès le lendemain de ton message, j'ai pris rendez-vous avec mon médecin. Il m'a arrêté immédiatement pour un mois, puis l'arrêt a été renouvelé. J'ai donc passé tout le mois d'août chez moi.

Les deux premières semaines ont été assez étranges. Je culpabilisais beaucoup. J'avais l'impression de tricher, de ne pas vraiment mériter cet arrêt. Mon téléphone professionnel est resté allumé pendant quatre jours avant que je finisse par l'éteindre complètement, parce que je n'arrivais pas à m'empêcher de regarder les messages.

Et puis, progressivement, quelque chose s'est calmé. Je ne vais pas dire que je suis guéri, ce serait faux. Mais je me sens moins vide. Et surtout, je dors à nouveau normalement.

Je reprends le travail lundi prochain. Mon N+1 m'a envoyé un message il y a quelques jours : « On t'attend. »
Je ne sais pas trop comment l'interpréter. Ça peut vouloir dire beaucoup de choses, et forcément je commence déjà à penser à la reprise et à me demander comment ça va se passer.
Mais j'essaie de ne pas anticiper.
En tout cas, merci Claire, et merci aussi à ceux qui avaient lu mon premier message.

Je reviendrai vous dire comment s'est passée la reprise.
 
Bonjour Thomas,
Merci d'être revenu donner de tes nouvelles. Honnêtement, je pensais à toi et je me demandais ce que tu étais devenu depuis ton premier message. Alors ça me fait vraiment plaisir de te lire aujourd'hui. Et surtout de lire cette phrase : « je dors à nouveau ».

Pour la culpabilité des premières semaines, ne sois pas trop dur avec toi-même. Je l'ai entendue tellement de fois chez des personnes arrêtées pour épuisement : « je devrais être au travail », « les autres vont penser que j'en profite », « peut-être que finalement ça va et que je pourrais reprendre ». Alors qu'elles étaient parfois arrivées au bout de ce qu'elles pouvaient supporter.

Le fait que tu aies mis quatre jours à réussir à éteindre ton téléphone professionnel en dit d'ailleurs beaucoup.

Pour lundi, je comprends que le « on t'attend » de ton N+1 te travaille. À ta place, je n'essaierais pas trop de deviner ce qu'il y a derrière ces trois mots. Tu le verras bien assez vite. Par contre, essaie de ne pas reprendre en te disant qu'il faut montrer à tout le monde que Thomas est revenu « comme avant ». Tu n'as rien à rattraper, rien à prouver lundi matin. Tu reprends simplement ton travail après deux mois d'arrêt.

Et si les collègues posent des questions, tu n'as pas à raconter ce que tu viens de traverser si tu n'en as pas envie. « J'ai eu un problème de santé, ça va mieux, merci » est largement suffisant.

Une dernière chose : ne reste pas seul avec tes impressions pendant les premiers jours. Si tu sens que la charge revient immédiatement, que les nuits recommencent à se dégrader ou que tu retrouves très vite cette sensation de vide dont tu nous parlais en juillet, n'attends pas deux mois cette fois-ci avant d'en parler.

Et tu peux aussi solliciter la médecine du travail si tu sens que ta reprise nécessite d'être accompagnée ou aménagée.

Je ne vais pas te dire « ça va bien se passer », parce que personne ici ne peut le savoir.

Mais tu as fait quelque chose que tu n'arrivais manifestement plus à faire quand tu as écrit ton premier message : tu t'es arrêté.

C'est déjà beaucoup.

Reviens nous raconter lundi, même si ça s'est mal passé. Et même si ça s'est bien passé.
 
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